Carnavalet : Mme de Sévigné de retour chez elle


Avec " Mme de Sévigné, Lettres parisiennes " le Musée Carnavalet consacre une exposition-événement à la célèbre épistolière qui aurait eu 400 ans cette année. Une plongée passionnante dans l'intimité d'une femme d'‘exception et dans le Paris du 17 ème siècle.

 

Visite avec Marianne Lohse.

 

 

Jean Nocret, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), vers 1645-1650 Huile sur toile
Vitré, château des Rochers-Sévigné, collection Cédrik de Ternay
© Vitré, château des Rochers-Sévigné / Cliché Photoplus/Maignan

 

 

 

 

La Carnavalette " : c'était le surnom affectueux que donnait Mme de Sévigné à l'l'Hôtel de Carnavalet. Elle y vécut de 1677 à sa mort, en 1699. " Dieu merci " écrit-elle à sa fille, Mme de Grignan le 7 octobre 1677, nous avons l'hôtel de Carnavalet. C'est une affaire admirable : nous y tiendrons tous et nous aurons le bel air ".

 

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, Lettre à Madame de Grignan, sa fille, Paris,
Manuscrit autographe non daté [2 février 1671 ?]
Paris, musée Carnavalet - Histoire de Paris
CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

 

Avec plus de 200 œuvres, lettres, portraits, objets personnels, l'exposition fait découvrir une femme séduisante, piquante, à la fois moderne et bien de son temps. Une citadine qui certes fréquente la cour en de grandes occasions (elle n'y pas de charge officielle) mais lui préfère la ville et le Marais : " C'est un pays qui n'est point pour moi " dit-elle de Versailles.

 

 

Hendrik Mommers, Vue de Paris et de la Seine depuis le Pont-Neuf, vers 1665 Huile sur toile
Paris, musée Carnavalet - Histoire de Paris
CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

 

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, nait Place Royale (l'actuelle Place des Vosges) en 1626. Orpheline à six ans, elle est élevée par ses grand parents maternels, les Coulanges. Elle reçoit une éducation privilégiée. C'est une jeune fille de 18 ans, ravissante, cultivée, joyeuse( " la joie est l'état véritable de son âme " dira d'elle son amie, Mme de Lafayette) qu'épouse, en 1644, Henri de Sévigné, gentilhomme breton. Elle lui donne deux enfants : Françoise-Marguerite et Charles. Henri meurt lors d'un duel. La voilà veuve à vingt-cinq ans. Et libre.

Tout au long d'un parcours ponctué de lectures de lettres de la marquise, les commissaires Valérie Guillaume, directrice du musée, Anne-Laure Sol et David Simmoneau proposent un passionnant voyage. Et quelques retouches au portrait académique inscrit dans notre imaginaire collectif.

 

 

Anonyme, La place Royale (actuelle place des Vosges), vers 1665
Huile sur toile
Paris, Musée Carnavalet - Histoire de Paris
CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

 

Roger de Bussy-Rabutin, son cousin, publie ses Mémoires en 1696.Cinq des lettres de la marquise y figurent. " Mme de Sévigné fera dire à la postérité que la cousine valait bien le cousin " murmure-t-on à l'époque. En 1734, bien après sa mort, sa petite-fille, Pauline de Simiane charge Perrin d'éditer sa correspondance dont l'essentiel est constitué des lettres à sa fille mariée au comte de Grignan et partie en Provence (le comte y exerce la charge de lieutenant général).

 

Chine et Europe, Bureau dit " de Madame de Sévigné ", vers 1730-1750
Paris, musée Carnavalet - Histoire de Paris
CCØ Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

 

Elle lui écrit jusqu'à trois fois par semaine. D'une plume alerte, souvent drôle et mordante, la marquise y parle de tout : des travers de la cour, des modes ridicules, de sa santé, des vertus du chocolat, des arbres de son  château breton, de la capitale qui change, des rumeurs, des scandales. Elle est un témoin attentif des tensions qui agitent le pays, du Paris politique. Le " dessous des cartes ", voilà ce qui la passionne.
Ses morceaux de bravoure ? Le procès de Fouquet, l'annonce du mariage de la Grande Mademoiselle, l'affaire des poisons. La publication de la Correspondance remporte un succès fulgurant.

 

 

Pierre II Mariette et Pierre Landry, Le Cercle royal de la cour de France, almanach, 1667
Burin et eau-forte
Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques, collection Edmond de Rothschild
© Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRmn / Angèle Dequier

 

Une incroyable postérité
La " sévignémania " qui s'installe après la publication de la Correspondance est montrée avec humour. A Paris mais aussi en Bretagne où elle séjourne dans son château des Rochers, en Provence où l'accueille Mme de Grignan, des rues, des établissements scolaires portent son nom.
On l'étudie en classe. Elle est encensée pour son style. " Elle n'est pas une écrivaine, elle est le style ! " s'exclame Lamartine. L'homme politique anglais Horace Walpole qui lui voue un véritable culte fait reproduire par le peintre Radiguet une vue de l'hôtel de Carnavalet qu'il accroche dans son manoir de Strawberry House, près de Londres. Son effigie figure sur des tasses, des boites de chocolats, des articles de papèterie ...

 

Atelier des Laudin, Gobelet : Sémiramis et Pauline, soucoupe : Artémise, fin du 17e siècle
Paris, musée des Arts décoratifs
© Les Arts Décoratifs

 

Dans les pas de la marquise, l'exposition invite à parcourir la capitale, un Paris mieux éclairé, plus sûr, plus beau. Ses deux rives sont reliées par le Pont Neuf doté de banquettes pour protéger les piétons de la circulation. Mme de Sévigné arpente le Marais, son quartier bien-aimé, court d'un hôtel
particulier à l'autre. Des cénacles, des cercles féminins s'y épanouissent (c'est plus tard, au 19eme siècle, que l'on parlera de " salon "). Le terme galanterie désigne alors un idéal de civilisation, un nouvel art de vivre. Régissant les rapports entre les sexes, les comportements mondains, la culture galante influence la littérature et les arts.

 

 

Anonyme, Le marché aux fleurs, quai de la Mégisserie, vers 1680
Gouache sur papier
Laàs, château de Laàs
© Département des Pyrénées-Atlantiques, collection du château de Laàs

 

Enjouement, douceur, tendresse, élégance sont ses maitre-mots. Des ballets, des opéras, un journal, le Mercure Galant, illustrent la splendeur, la galanterie du règne du Roi-Soleil. L'exposition met en lumière ce mouvement adopté avec enthousiasme par celles qu'on nomme les Précieuses. Les habitués des samedis de Mademoiselle de Scudéry n'échappent pas aux railleries. Qu'importe ! Pour nombre de femmes de lettres, elle apparait comme la fondatrice d'une lignée moderne, celle qui leur aura ouvert le chemin de l'écriture. C'est dans " Clélie, histoire romaine " que figure la fameuse Carte du Tendre à la géographie galante. Publié en dix volumes, le roman est un énorme succès de librairie. Dés 1654, Mme de Sévigné fréquente le cercle de Mademoiselle de Scudéry, rue de Beauce, le plus couru de Paris. En 1657, elle apparait dans " Clélie " sous le nom de Clarinte. En 1660, dans le " Dictionnaire des précieuses ", elle se nomme Sophronie.

 

 

Jacques Stella, Clélie passant le Tibre, vers 1645
Huile sur toile
Paris, musée du Louvre, département des Peintures
© GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojeda


Sa naissance, son exceptionnelle culture, son indépendance lui permettent d'être reçue dans les cercles les plus élitistes. Comme celui de Mme de Rambouillet qui depuis sa chambre bleue accueille dans sa ruelle tous les beaux esprits. On la voit aussi chez Mme de Lafayette et chez Françoise d'Aubigné, épouse de Paul Scarron.
Difficile d'imaginer plus raffiné que la Guirlande de Julie. Ce recueil de 61 madrigaux calligraphiés sur vélin par Nicolas Jarry et illustré de planches peintes par Nicolas Robert est un hommage du baron de Montausier à Julie, la fille ainée de Mme de Rambouillet dont il est éperdument amoureux. Chaque fleur, dans chaque poème, y chante les mérites de " l'incomparable Julie " que le baron finira par épouser. Ces cercles féminins, ces réseaux d'influence ont une telle puissance qu'ils subsistent après la Fronde, comme celui de la Grande Mademoiselle, duchesse de Montpensier.

A la Carnavalette, le mode de vie est plutôt sobre. Les co-locataires de la marquise : son oncle, l'abbé de Coulanges dit Tout Bon, son fils, Charles, les Grignan de passage à Paris, paient leur écot. On se retrouve pour les repas, le café, les jeux de société. Le reste du temps, chacun fait ce qui lui plait.
" Avec l'âge " note Anne-Laure Sol, (" la marquise devenue relativement sédentaire cultive une approche plus intellectuelle que dévote de la religion, dans une proximité avec les idées jansénistes. Elle professe un enthousiasme pour les écrits du théologien Pierre Nicole dont elle
voudrait, dit-elle faire un bouillon pour les avaler !
 "
Revoila la marquise dans sa maison. Pour ses 400 ans, on ne pouvait rêver plus belle célébration.


Marianne Lohse
Jusqu'au 23 août 2026.
Musée Carnavalet- Histoire de Paris, 23 rue Madame de Sévigné 75003 Paris
Renseignements et réservations : carnavalet.publics@paris.fr

 

A noter :

Afin de célébrer le 400e anniversaire de la naissance de Madame de Sévigné, le Centre des monuments nationaux dévoile une programmation inédite au château de Bussy-Rabutin. 

Jusqu'à la fin des vacances de la Toussaint, le public pourra profiter d'un riche programme d'animations et de festivités : expositions, théâtre, concerts, spectacle musical, démonstrations historiques, visites thématiques, animations pour les familles et bien d'autres encore !

Créé le : 21/04/2026 - Mise à jour : 05/05/2026
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