Histoire et toponymes : Napoléonville/Pontivy

Le nom des villes est souvent lié à leur histoire ou à leur situation géographique  : fondation et occupation par une peuplade, référence à une caractéristique environnementale locale. Ce nom peut changer au fil des siècles également lorsque des circonstances politiques, économiques, sociales ou la volonté d'un homme de pouvoir l'exigent.  Prenons l'exemple de Pontivy, charmante ville bretonne du Morbihan. Son nom vient d'un pont permettant de traverser la petite rivière locale, le Blavet,  auquel on a associé le nom d'un moine celte, Ivy, qui aurait vécu au VIe siècle. C'est Ivy qui aurait relié les deux berges du Blavet en y jetant quelques troncs d'arbres... 

Mais Pontivy a porté un autre nom pendant quelques années, en attendant de retrouver le sien : "Napoléonville". Petite histoire qui évoque la grande avec un H majuscule.

 

Photos : Office de Tourisme de Pontivy Communauté

 

 

 

En septembre 1802, ce sont des raisons précises qui incitent Napoléon Bonaparte, Premier Consul de la République, à transformer la petite cité de Pontivy (3 300 habitants) en une ville moderne qui portera son nom.

Depuis la Révolution, Pontivy constitue un noyau républicain au centre d'une Bretagne essentiellement royaliste (futurs chouans). La ville avait accueilli, en janvier et février 1790, les fédérations bretonnes-angevines, symbole de l'unité française. L'idée fut reprise à Paris lors de la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 (actuelle fête nationale française).

Pontivy se trouve aussi à égale distance des côtes nord et sud de la province, et des villes de Rennes et Brest. Cette position centrale en fait un point stratégique important à une époque où les déplacements sont lents et malaisés.

Enfin, Pontivy est située sur la rivière du Blavet, qu'il sera possible de canaliser vers l'arsenal de Lorient, et de raccorder au futur canal de Nantes à Brest. Ces liaisons fluviales permettront de relier entre eux les grands ports/arsenaux bretons (Lorient, Nantes et Brest), en évitant le blocus des mers lancé par la marine anglaise.

Considérant son soutien permanent à la Révolution et aux idées nouvelles, Bonaparte décide donc de faire de Pontivy " à cheval sur les deux mers [...] dans la paix le centre d'un grand commerce et, dans la guerre, un centre militaire important ". La ville était ainsi désignée pour devenir le point principal de la surveillance politique de la péninsule bretonne, comme La Roche-sur-Yon (future Napoléon-Vendée) le sera pour le Bas-Poitou, future Vendée, fortement éprouvée par une terrible guerre civile entre républicains et royalistes (guerres de Vendée 1793-1796) tout comme la Bretagne (chouanneries 1794-1800).

 

 

L'ensemble de constructions sur Pontivy devaient constituer une ville nouvelle, greffée au sud de la ville existante, ancienne capitale médiévale de la très puissante famille des seigneurs de Rohan (à la fin du Moyen-Âge, 2e famille la plus puissante de Bretagne, après la famille des ducs de Bretagne).

De grands chantiers sont ainsi lancés sous le Premier Empire : caserne et place d'armes, palais de justice, maison d'arrêt, hôtel de ville/sous-préfecture, lycée, canalisation du Blavet, promenades et rues portant les noms de victoires de l'Empereur.

Des prisonniers de guerre prussiens et autrichiens ont vraisemblablement participé à ces travaux. La réalisation des projets de l'empereur Napoléon 1er, inachevée en 1815 à la chute de l'empire, fut poursuivie (magasin à fourrage, tribunal) - très lentement- pendant la Restauration. Ils sont ensuite complétés (halles, théâtre, église, chemin de fer, école d'agriculture), jusqu'en 1870, par son neveu, l'empereur Napoléon III.

La ville nouvelle a un plan en damier, avec de grandes avenues tracées en équerre, à la manière des cités romaines. Cet urbanisme et cette architecture néoclassiques, par souci de symétrie et de géométrie, reflètent un idéal d'ordre et de rigueur qui contraste avec les rues sinueuses et étroites de la ville ancienne (quartier médiéval). Napoléonville comptait 4 800 habitants en 1815 et 7 500 à la fin du Second Empire. (près de 15000 aujourd'hui)

La ville de Pontivy a donc porté le nom de " Napoléonville " du 9 novembre 1804 au 14 avril 1814, du 9 mars à fin juin 1815, et du 15 avril 1852 au 21 octobre 1870. 

 

 

Si Napoléon Bonaparte est à l'origine du développement de la petite cité pontivyenne, c'est plus globalement le patrimoine pontivyen du XIXe siècle qui en bénéficia. La majorité des sites mis en exergue prennent place au sein du quartier napoléonien proprement dit (au sud de la place Bourdonnaye du Clézio, située entre le bureau de poste et l'église Notre-Dame-de-Joie) mais il existe tout de même un bâtiment napoléonien au cœur du quartier ancien (ville médiévale-Renaissance).

 

De beaux restes

 

 

Rue Impériale (aujourd'hui rue Nationale). Cette rue rectiligne de plus de 1 kilomètre de long, ouverte à partir de 1807, a porté successivement les noms de " rue Impériale ", " rue Royale " et " rue Nationale " au gré des changements politiques en France (Empire, Monarchie, République). Elle relie la vieille ville et son château du XVe siècle au quartier napoléonien.

 

 

 

Place Napoléon le Grand  (actuellement place Aristide Briand)

Cette grande place d'environ 15 000 m2 ("la Plaine") a été prévue pour accueillir 10 000 soldats et servit de lieu de revues pour les garnisons de la caserne proche jusqu'en 1927. À l'image des agoras ou des forums (places publiques grecques et romaines), la place Napoléon le Grand est le cœur politique de la cité. Elle est entourée par les bâtiments représentant les différents pouvoirs : palais de justice, mairie / sous-préfecture, caserne et maison du commandant de la place.

 

 

Palais de justice

La réalisation de ce palais de justice a débuté en 1805 pour s'achever en 1846. Son style néoclassique reprend les codes d'une architecture antique épurée et idéalisée : les colonnes à chapiteaux ioniques et le fronton simplement mouluré rythment la façade mais sans décor superflu. À l'arrière, à l'emplacement de l'actuel bureau de poste, se trouvait une maison d'arrêt civile et militaire, utilisée de 1813 à 1936, et détruite en 1960.

 

 

Quartier de cavalerie - Quartier Clisson

Ce "superbe" quartier de cavalerie reçut sa première garnison "660 hommes et 700 chevaux" en 1811. Une partie des matériaux ayant servi à sa construction proviendrait du château de Coët-an-Fao en Séglien. Le gigantisme et la sévérité architecturale de l'ensemble en font le bâtiment le plus austère de la ville nouvelle. L'entrée est en forme d'arc de triomphe. La partie arrière a été remaniée et modernisée à partir de 1986.

 

 

Hôtel de ville / sous-préfecture

Cet immeuble a été construit à partir de 1807. Il abrite l'hôtel de ville depuis 1834 et la sous-préfecture depuis 1839. L'importance du bâtiment et de ses occupants s'exprime par des volumes imposants, plus que par des éléments de décor : un corps central massif, presque aussi haut que large, est flanqué de deux ailes en équerre, elles-mêmes prolongées par des pavillons latéraux.

 

 

Église impériale Saint-Joseph

Financé par un don octroyé à Napoléonville par l'empereur Napoléon III lors de sa visite en 1858, le sanctuaire a été édifié entre 1860 et 1869. De style néo-gothique, l'église est demeurée extérieurement inachevée (absence de flèche du clocher). On remarque la gargouille surmontant le porche, côté gauche, qui représente l'impératrice Eugénie et, à l'intérieur, les vitraux aux armes impériales.

 

 

Gare de chemin de fer

Inaugurée en 1864, la gare était alors le terminus de la ligne de chemin de fer Auray-Napoléonville. Cette ligne fut prolongée vers Saint-Brieuc en 1872. Le bâtiment conserve sur un de ses pignons (maintenant caché) la mention "Napoléonville". L'utilisation de briques dans la maçonnerie est caractéristique de l'architecture ferroviaire de cette époque et a inspiré le constructeur de la maison sise au n° 96 de la rue Nationale ; un crépi blanc recouvre aujourd'hui la brique.

 

 

Maison du commandant de la place

En haut de l'avenue Napoléon 1er (anciennement rue des Pyramides), surplombant le monument aux morts, se trouve, face à la caserne, le pavillon du commandant de la place, édifié en 1869. Reprenant les codes de symétrie du néoclassicisme, ce bâtiment se démarque toutefois des autres constructions de la ville nouvelle par son style plus "régional", rappelant par certains aspects les malouinières.

 

 

Lycée impérial  (aujourd'hui lycée Joseph Loth)

Premier ouvert en Bretagne centrale (1806), le lycée impérial est d'abord installé dans l'ancien couvent des sœurs Ursulines, édifié au XVIIe siècle. Restauré en 1889, l'établissement a été modernisé à partir de 1986, tout en conservant des éléments des bâtiments d'origine.

 

 

Bassin de jonction des canaux

Bassin (avec aménagement d'un port et d'une cale de radoub) achevé en 1838, avec l'aide manuelle de bagnards, pour permettre la jonction du canal du Blavet (Pontivy- Lorient) réalisé entre 1803 et 1832, avec le canal de Nantes à Brest à partir de 1811, et utilisable sur toute sa longueur en 1838.

 

 

vitrail impérial église St-Joseph

 

Office de Tourisme de Pontivy Communauté

2 quai Niémen - Péniche Duchesse Anne

56300 PONTIVY

Tél : +33 (0)2 97 25 04 10

https://www.tourisme-pontivycommunaute.com/

 

Créé le : 12/03/2021 - Mise à jour : 16/03/2021
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