Maria by Callas : dans l'intimité de la Diva

 

Le 16 septembre 1977, il y a quarante ans, Maria Callas s'éteignait dans son appartement parisien de l'avenue George Mandel. Une formidable exposition, la première présentée par la Seine Musicale, à Boulogne- Billancourt, rend hommage à la Diva. Forte, fragile, bouleversante, la femme se révèle derrière l'icône.

 

Visite de l'exposition avec Marianne Lohse.©

Photos :  Fonds de Dotation Maria Callas ©

 

 


Une représentation de "Maria Stuarda" au Metropolitan Opera de New York a marqué la vie de Tom Volf  d'une pierre blanche. Ebloui par Donizetti, le jeune homme surfe toute une nuit sur YouTube et découvre la voix de Callas dont, dit-il, il ignore alors presque tout. Réaliser un documentaire où s'exprimeraient ceux qui l'ont connue de près devient une obsession.

Pendant quatre années, il parcourt le monde. De Bruna, la femme de chambre au  metteur en scène Franco Zefirelli, du majordome Feruccio au chef d'orchestre Georges Prêtre, une trentaine de "témoins" exceptionnels livrent un autre regard sur la Diva Assoluta, au-delà de l'image parfois scandaleuse et tragique. Tom Volf publiera trois livres et réalisera un film *. Produite par le département des Hauts de Seine, la première exposition présentée par Jean- Luc Choplin lui a tout naturellement été confiée.

 

Volf fut au théâtre du Chatelet, le collaborateur de Choplin pour la communication digitale et audiovisuelle. A travers sept salles (la dernière reconstitue le salon de l'avenue Georges Mandel) on chemine avec bonheur, guidé par la voix parlée de la cantatrice. Une voix délicieuse qui s'exprime aussi bien en français qu'en anglais ou en italien.

 

Photographies inédites, films tournés en Super 8, enregistrements méconnus, parfois piratés, lettres, costumes, objets: nous voilà plongés bien des décennies en arrière. Le parcours, chronologique, est habilement scénographié par Philippine Ordinaire.

 "On est dans ses pas" souligne Tom Volf.

Née à New York, en 1923, de parents grecs immigrés,  Maria est une enfant grassouillette qui se ronge les ongles et joue du piano. Sa mère, Evangelia qui ne lui témoigne guère d'affection (elle en souffrira) voit en elle le vilain petit canard de la famille. Mais redouble d'intérêt quand son talent s'affirme. Elle lui imposera, dés l'âge de neuf ans, un travail acharné. "Je n'étais aimée que quand je chantais" confiera-t-elle.

 

A Athènes, après le divorce de ses parents, l'adolescente développe sa technique auprès de Elvira de Hidalgo. Le professeur ne tarit pas d'éloges sur son élève, si déterminée à réussir, sur l'étendue de sa tessiture couvrant près de trois octaves. La voilà à Vérone, frais visage et carrure massive (elle pèse 80 kilos) chantant La Gioconda puis reprenant le rôle d'Elvira dans "Les Puritains". Elle rencontre et épouse Giovanni Battista Meneghini, un industriel mélomane qui devient son  imprésario. Cet homme de vingt huit ans son aîné qu'elle semble avoir aimé, va gérer les dix années les plus fructueuses de sa carrière.

 

 

Visconti et Maria Callas à la Scala de Milan

 

Callas se produit sur les plus grandes scènes, bouleverse l'interprétation lyrique par l'étendue de son répertoire (Norma est son rôle fétiche) et par son intensité dramatique. Visconti, Zefirelli ne jurent que par elle. La chrysalide s'est transformée en papillon. Avec une discipline de fer, elle a perdu trente kilos. D'immenses panneaux photographiques montrent son visage creusé, ses yeux d'onyx, sa silhouette gracile.

 

Gala de la légion d'honneur Paris 1958

 

Difficile de résister à son charme, à sa beauté, à la magie du mythe qu'elle a façonné, inspirée par les divas italiennes du Bel Canto. "Il y a deux personnes en moi" affirme-t-elle "il y a Maria et il y a la Callas dont il faut que je sois à la hauteur". Callas ne laisse que peu de place à Maria en qui sommeillait confessa-t--elle, peu de temps avant sa disparition, "une petite fille américaine qui rêvait toujours du prince charmant". Un aveu surprenant dans la bouche d'une femme aussi remarquablement intelligente.

 

Grace Kelly, Onassis, Maria Callas

 

A travers les lettres enflammées qu'elle envoie à son mari puis à Onassis, la cantatrice se révèle une amoureuse romantique, éprise d'absolu. Sa désillusion lorsqu'elle apprend par la télévision, en octobre 1968, le mariage de l'armateur grec avec Jackie Kennedy n'en sera que plus cruelle. Sa relation avec Onassis (pour vivre avec lui, elle a divorcé de Meneghini) l'avait éloignée de la scène. Entre 1959 et 1965, on ne l'applaudit que dans de rares productions.

 

A la dernière parisienne de "Tosca" en 1965

 

Elle fait sa dernière apparition  au Royal Opera House, à Londres, dans "Tosca" spécialement réalisée pour elle par Zefirelli. En 1969, elle incarne "Médée" dans le film de Pasolini. Un échec commercial.

 

Sur le tournage du film Médée de Pasolini, avec son amie Nadia Stancioff

 

Suivent des Masterclasses à New York, à l'école Julliard, une tournée mondiale de récitals. Sa voix s'est abimée, fragilisée. Abus de médicaments, maladie des cordes vocales provoquée en partie par un amaigrissement trop brutal diront certains. A Paris où elle s'est retirée, elle mène une existence solitaire.  Elle s'éteint, précocement,  à cinquante trois ans.


Marianne Lohse

 

La Seine Musicale, 10 Cours de l'Ile Seguin 92100 Boulogne- Billancourt. Jusqu'au 14 décembre 2017. www.laseinemusicale.com

* "Maria by Callas"( Assouline), "Callas Confidential"(La Martinière). "Maria Callas. Lettres et Mémoires inachevées"(Fayard).

Composé d'archives, le film, "Maria by Callas" auquel Fanny Ardant prête sa voix, sortira le 13 décembre.

Créé le : 28/09/2017 - Mise à jour : 28/09/2017
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